LE TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE DE
LA CYSTINOSE
C. Loirat, Hôpital Robert Debré, Paris
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Les reins des enfants atteints de cystinose ne savent plus concentrer les urines et laissent
partir dans les urines des quantités importantes de sodium, de potassium, de
bicarbonate, de phosphore, ainsi que des substances comme la carnitine. Le traitement dit symptomatique consiste à
compenser ces pertes urinaires.
Il faut donner
beaucoup d’eau à l’enfant, puisque le volume d’eau perdu dans les urines
atteint 2 à 3 litres, ou plus, par jour. Ceci explique la soif ressentie par
les enfants jour et nuit. Quand l’enfant est trop petit pour boire seul, il
faut lui proposer de l’eau toutes les heures dans la journée, toutes les 2 ou 3
heures la nuit. Dès l’âge de 8 à 10 mois, l’enfant s’habitue à boire seul, y
compris pendant son sommeil. Il faut simplement veiller à ce qu’il ait toujours
à portée de main un biberon d’eau, ou plus tard, à l’école, une gourde que les
adultes veilleront à remplir régulièrement. Un enfant qui a soif est un enfant
qui a besoin de boire. Il faut donc laisser l’enfant boire autant qu’il le
souhaite. Il peut boire de l’eau minérale ou, en tout cas en France, de l’eau
du robinet.
Il faut compenser
les pertes urinaires d’électrolytes, c’est à dire de sodium, potassium,
bicarbonate, phosphore. Comme il y a une perte de sel dans les urines, il faut
donner aux enfants les aliments normalement salés. Il est souvent nécessaire
d’ajouter un supplément de sel sous forme de chlorure de sodium (en sachets ou
en gélules). Comme les enfants perdent également du bicarbonate et du potassium
dans les urines, on compense ces pertes en donnant du bicarbonate de sodium et
du bicarbonate de potassium en gélules. Si l’enfant perd peu de bicarbonate,
mais beaucoup de sodium et de potassium, on lui donne un supplément sous forme
de chlorure de sodium (en gélules ou en sachets), ou de chlorure de potassium
(en sirop, en gélules ou en comprimés).
Pour les enfants de
moins de 4 à 5 ans, il faut ouvrir les gélules et donner le contenu en le
mélangeant avec de l’eau ou une boisson quelconque. Les enfants plus grands
avalent les gélules. Ces suppléments sont répartis en 3 ou 4 prises sur le journée. Mais la plupart des enfants doivent avaler au
moins 10 à 15 gélules par jour, parfois d’avantage.
1.
Il faut que l’enfant s’alimente
suffisamment.
Les enfants
atteints de cystinose ont souvent peu d’appétit,
surtout quand ils sont petits. De plus, certains d’entre eux vomissent
facilement. Or ils ont besoin d’avoir suffisamment de calories pour favoriser
leur croissance. Ceci explique que l’on soit parfois obligé, en particulier
avant l’âge de 1 ou 2 ans, d’apporter une partie de l’alimentation et des
médicaments par l’intermédiaire d’une sonde mise dans l’estomac ou par gastrostomie. Le plus souvent, cette manière d’alimenter
l’enfant est temporaire.
2.
Intérêt du traitement par l’indometacine (IndocidÒ)
Ce médicament est
un anti-inflammatoire utilisé pour traiter les rhumatismes, les lumbagos. Mais
il a un autre intérêt qui est de diminuer la perte urinaire d’eau et
d’électrolytes. Chez les enfants atteints de cystinose,
l’indometacine diminue d’environ 30 %, parfois de
moitié, le volume d’urine et donc des boissons. Ceci est associé dans la
plupart des cas à une amélioration de l’appétit, si bien que les apports par
sonde gastrique peuvent être supprimés.
De plus, l’enfant
est moins réveillé la nuit par le besoin de boire et d’uriner. Le traitement
par indometacine est généralement poursuivi plusieurs
années.
3.
Il faut prévenir ou corriger le rachitisme.
La perte de
phosphore dans les urines entraîne un rachitisme. Celui-ci guérit en donnant un
supplément de phosphore et de vitamine D. La vitamine D est donnée sous la
forme de ses dérivés actifs, le Un alfaÒ (gouttes ou
gélules) ou le RocaltrolÒ (gélules). Le
phosphore est donné sous forme de gouttes (en France PhosphoneurosÒ) ou en comprimés
effervescents. Lorsque le rachitisme est guéri, le supplément de phosphore peut
souvent être diminué, et parfois arrêté, ce qui est bien car le phosphore a mauvais
goût.
4.
Il faut donner de la carnitine.
La carnitine est perdue dans les urines et les taux sanguins
sont bas. Or la carnitine permet que les graisses
soient utilisées par les muscles pour y fournir de l’énergie. On donne la carnitine sous forme liquide (en France, LevocarnilÒ) matin et soir.
5.
Que se passe-t-il lorsque l’insuffisance
rénale s’installe ?
Lorsque
l’insuffisance rénale apparaît, la perte d’électrolytiques (voir paragraphe 2)
dans les urines diminue. Le médecin réajuste donc les doses des différents
suppléments en fonction des résultats des examens sanguins.
6.
Des suppléments en différentes hormones sont
parfois nécessaires.
Il peut arriver que
la glande thyroïde ne fabrique pas suffisamment d’hormone thyroïdienne.
Celle-ci est donc donnée ensuite sous forme de thyroxine (en gouttes ou en
comprimés). Un traitement par insuline est parfois nécessaire si un diabète
apparaît, ce qui peut arriver dans les premiers mois après la greffe, lorsque
le pancréas ne fournit pas assez d’insuline.
Ces différents
traitements sont devenus rarement nécessaires chez les enfants qui sont traités
par cysteamine, puisque ce traitement protège la
thyroïde et le pancréas.
Certains garçons
ont besoin à l’adolescence d’un traitement par testostérone si leur puberté est
retardée.
Un traitement par
hormone de croissance peut être indiqué si la croissance n’est pas suffisante
malgré un bon équilibre. Ce traitement comporte une injection sous cutanée
d’hormone de croissance tous les jours ou 6 jours sur 7.
7.
Comment la vie de l’enfant
s’organise-t-elle ?
La principale
contrainte est la prise régulière des médicaments. Une hospitalisation est
souvent nécessaire au début du traitement, pour bien équilibrer les différents
médicaments et mettre en route le traitement par indometacine.
Ensuite, les hospitalisations ne sont que rarement nécessaires, la surveillance
est assurée en consultation, au début tous les mois ou tous les 2 mois, puis 2
ou 3 fois par an.
Les enfants doivent
mener une vie normale, avec la contrainte de la prise des médicaments plusieurs
fois par jour. Le rôle des parents et des personnes qui s’occupent de l’enfant
dans la prise régulière de tous les médicaments est très important.