ACCUMULATION
DE CYSTINE DANS LES LYSOSOMES DES SOURIS DEFICIENTES POUR LA CYSTINOSINE,
PROTEINE IMPLIQUEE DANS LA CYSTINOSE
S. Cherqui, C. Sevin, G. Hamard, V. Kalatzis, M. Sich, M.-O. Pequignot, K. Gogat, M. Abitbol, M. Broyer,
M.-C. Gubler et C. Antignac
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La cystinose est une maladie
métabolique héréditaire rare de transmission autosomique récessive qui résulte
d’un défaut de transport de cystine hors du lysosome dans lequel elle
s’accumule et tend à former des cristaux. Le gène impliqué dans la cystinose, le gène CTNS, code une protéine de 367
acides aminés, la cystinosine, dont l’analyse de la
structure primaire suggère qu’elle est composée de 7 domaines
transmembranaires, de 7 sites de glycosylation dans
sa partie N-terminale et d’un signal potentiel
d’adressage aux lysosomes dans sa partie C-terminale,
le motif GYDQI. Nous avons montré récemment que la cystinosine est une protéine de la membrane lysosomale, que c’est un transporteur de cystine et qu’il
s’agit d’un symporteur cystine-proton.
Nous avons cloné et caractérisé le gène murin homologue du gène CTNS,
Ctns qui code une protéine qui présente 92,6% de
similitude avec la cystinosine humaine. Nous avons
créé un modèle animal de cystinose par invalidation
du gène Ctns. L’invalidation du gène a été
réalisé grâce à la technique « promoter trap » consistant à remplacer par recombination
homologue le gène endogène par le gène interrompu par une cassette βgal-néo précédée d’une séquence IRES. Cette séquence permet
la réinitialisation de la traduction et l’expression de la βgalactosidase
et la résistance à la néomycine sous le contrôle du promoteur du Ctns. Nous avons ainsi remplacé les 4 derniers exons
du gène Ctns et montré que la cystinosine ainsi tronquée n’est plus localisée aux
lysosomes et ne transporte pas la cystine.
Les souris Ctns-/-
accumulent la cystine dès la
naissance dans les différents organes testés et des cristaux de cystine sont
détectés à partir de l’âge de 6 mois dans la plupart des organes. Les souris Ctns-/- présentent
des anomalies oculaires très similaires à celles retrouvées chez les enfants
atteints de cystinose infantile, une déminéralisation
osseuse, des anomalies musculaires et des troubles du comportement. Cependant
les souris Ctns-/- ne développent
pas de tubulopathie ni d’insuffisance rénale. La
physiopathologie de la tubulopathie dans la cystinose n’étant pas élucidée, nous espérons que la
comparaison des cellules tubulaires d’un point de vue biochimique et génétique
chez l’homme et la souris, nous amènera à comprendre l’origine exacte de cette
pathologie. Un essai thérapeutique a montré que la cystéamine
était efficace chez la souris Ctns-/-.
Ce modèle animal sera donc un outil important pour avancer dans la
compréhension de la pathogénie de la cystinose et
pour tester de nouvelles thérapeutiques plus efficaces et mieux tolérées que le
traitement actuel.