PRISE EN CHARGE DES TRANSPLANTES RENAUX EN PRE ET POST GREFFE

CONSULTATION INFIRMIERE : UN AN DEJA

Georgette Bohron Caprice

Infirmière en néphrologie pédiatrique,

Service du Professeur P. Niaudet, Hôpital Necker-Enfants Malades, France

 

Après un an de greffe, la plupart des rejets aigus sont dus à une mauvaise observance thérapeutique amenant la perte du greffon. Cette non observance est expliquée par de nombreux facteurs, comme l’a démontrée une enquête faite dans le service de Néphrologie pédiatrique.

L’équipe a donc réfléchi à la manière d’améliorer la situation, la prise en charge thérapeutique et à la responsabilité de ce nouveau rôle.

 

Un cahier des charges a été soumis au PR BROYER et au PR NIAUDET, au cadre de soin et au cadre supérieur, ou une infirmière motivée détaillait comment elle voyait ce travail, le cahier des charges a été approuvé et le poste a été créé. (un arrangement du service)

La consultation infirmière était née.

Celle-ci nous permet d’avoir des conversations avec les enfants et les parents sur le traitement, aide à éviter la non observance. Cela permet aussi de détecter à temps les difficultés, voire de prévenir les futurs épisodes.

 

Les premiers temps ont été assez difficiles, cela rajoutait du temps à une journée déjà bien chargée, il fallait se faire connaître, établir la confiance, tester les outils de travail, faire comprendre aux infirmières d’hospitalisation l’importance du travail effectué (on ne ramenait rien à soi, on apportait un complément manquant à ce qui existait), montrer à l’équipe médicale que la confiance faite était justifiée.

Un an et demi après son ouverture, la consultation infirmière a rencontré un franc succès auprès des enfants, des parents, et de l’équipe.

 

Actuellement, 150 transplantés ont été vus au cours de 300 consultations ; qui se décomposent ainsi :

59 adolescents, de 0 à 10 ans 27 ; jeunes adultes 26 ; adultes 30 ; grands adultes 8.

 

La consultation infirmière, prend en charge la préparation à la transplantation. Nous voyons les parents et l’enfant au moment de la pré inscription sur la liste de greffe, après l’entretien avec le médecin, auquel nous assistons sans intervenir.

Nous reprenons avec eux point par point toutes les explications données par le docteur, nous leur remettons le « NOUVEAU PARCOURS » et discutons de celui-ci avec eux. Nous essayons le plus possible de les voir au moins trois fois avant la greffe pour « bien les préparer  à ce passage ».

Après la transplantation, nous travaillons en étroite collaboration avec le personnel d’hospitalisation et les médecins, nous faisons le suivi et l’éducation traitement, hygiène etc. à l’aide d’un matériel spécifique. Nous les préparons à la sortie d’hospitalisation avec leurs parents pour que celle-ci se passe dans les meilleures conditions. Nous sommes présentes autant que faire se peut à la demande des parents, des enfants des médecins ou des infirmières.

Le matériel spécifique est repensé, revu et corrigé. Des réunions de synthèse de la consultation infirmière sont faites régulièrement pour discuter des différents cas et signaler les problèmes, un enfant ou des parents qu’il faudra encadrer.

Nous avons développé tout un matériel de soutien et d’éducation pour les parents et les enfants ne lisant pas le français. Comme un calendrier de décroissance d’un médicament : les couleurs sont utilisées pour identifier les médicaments.

 

Des étiquettes de couleur représentent chaque médicament, permettant ainsi aux parents et aux enfants de reconnaître le traitement sans savoir lire les étiquettes et donc de ne pas se tromper en le préparant.

 

Ces consultations aident les familles à comprendre et à s’assurer que la greffe fonctionne bien.

 

Dans le cahier des charges présentant la consultation, nous préconisions 30 à 45 minutes d’entretien maximum. Il arrive bien souvent que la consultation excède largement l’heure ou plus, car quelquefois, quand la situation est grave ou tendue on ne voit pas le temps passer.

 

Les problèmes exposés sont de tous ordres :

Enfants adolescents, l’image de soi est la plus touchée ; la taille, le poids, l’aspect physique peu valorisant, l’hyperpilosité, les difficultés scolaires, à la maison, avec les amis, ou plus difficile encore le refus du père ou de la mère de voir grandir son enfant, perdant ainsi une partie du rôle de soutien dans la maladie tenu si longtemps.

 

Le laps de temps passé depuis la greffe.

Les médicaments si nombreux à prendre en début de transplantation, le régime sans sel et sans sucre au départ n’est pas bien accepté ; le temps semble très long pour ces enfants et adolescents, pour les parents  mêmes si tous avaient mis leur espoir d’un mieux être dans la greffe. Les changements physiques, le régime le traitement moins bien acceptés actuellement ou le temps de dialyse est court ou inexistant.

Mais tout ceci permet à l’équipe de réfléchir, de prendre du recul, de revoir d’autres façons d’appréhender les choses et les gens, car chaque personne réagit différemment.

 

D’autres problèmes de non observance requièrent notre attention dans le service, les syndromes néphrotiques, les lupus, les cystinoses (beaucoup de médicaments à prendre à heures fixes aux goûts peu agréables). Le projet serait d’inclure aussi un suivi des enfants présentant ces pathologies dans la consultation infirmière. Nous avons déjà vu un cas de cystinose pour non observance et réglé au mieux le problème.

 

Les parents quand à eux sont parfois dépassés par les difficultés, la prise en charge du traitement très lourd au début, les problèmes de couple induits par la maladie peu faciles à gérer.

Dans la plupart des cas, les gens ont peur de parler, de lasser avec leurs problèmes, ne savent non plus à qui s’adresser ou bien n’osent pas le faire par honte. Pour certains la consultation infirmière est un bon havre.

 

L’idéal serait un détachement complet à la consultation infirmière.

 

Beaucoup de raisons peuvent amener à la non observance du traitement ; il faut en tenir compte. L’écoute étant le premier maillon, puis la patience, le professionnalisme faisant le reste.

 

Nous travaillons en étroite collaboration avec toute l’équipe médicale, nos collègues infirmières, aides-soignantes, l’assistante sociale, la psychologue, l’institutrice, la pharmacie de l’hôpital… Toute personne pouvant apporter son aide afin de résoudre au mieux les problèmes. Sans collaboration pas de vrai, ni de bon suivi. Le travail de chacun fait la force de l’équipe et donne les résultats présentés ici.

 

En conclusion nous dirons que la consultation infirmière est positive pour les parents, les enfants, l’équipe toute entière. Les jalons sont posés, reste à régler le problème du temps. Les demandes étant de plus en plus nombreuses, la solution sera de détacher complètement une infirmière à ce poste ou d’y inclure une autre. Il faut aussi accentuer nos efforts sur la communication entre la consultation infirmière, l’hospitalisation, la consultation médicale et les médecins de ville qui sont amenés à s’occuper des transplantés ; ainsi que différents centres où certains de nos patients sont suivis en internat. Accentuer aussi nos efforts à l’amélioration constante des outils de travail, les simplifier, rester attentifs à la prise en charge médicamenteuse et ne pas banaliser l’acte.

La satisfaction du travail pas trop mal fait vient quand parents et enfants nous disent que tout va bien à la maison.