Le dosage de cystine

R Neil Dalton MA PhD

Guy’s Hospital/King’s College, Londres – Royaume-Uni

 

La mesure des concentrations de cystine dans les globules blancs (leucocytes) reste, après 30 ans, la pierre angulaire du diagnostic et des évaluations ultérieures du traitement de la cystinose. À certains égards, bien qu’elle ait été très utile aux patients et aux cliniciens, cette procédure classique peut sembler dépassée et avoir grand besoin d’un changement. Cependant, notre compréhension de la cystinose, et plus particulièrement de sa thérapeutique, repose majoritairement sur les données générées grâce à cette méthode.

Les échantillons de sang doivent être prélevés dans des tubes contenant de l'héparine ou le mélange acide-citrate-dextrose (ACD) et les globules blancs doivent être préparés dans le jour suivant; tout retard dans l’isolement des cellules augmente rapidement les risques de résultats non fiables. Cette “fenêtre de 24 h” permet d’envoyer les échantillons par coursier à un laboratoire possédant un service spécialisé capable d'effectuer en routine le dosage de la cystine leucocytaire.

La préparation cellulaire standard produit une population mixte de globules blancs, mais certains laboratoires considèrent qu'une préparation plus spécifique des cellules polynucléaires présente certains avantages. Les résultats fournis par cette dernière sont en moyenne le double de ceux obtenus sur la préparation de l'ensemble des globules blancs, mais leur utilité sur le plan clinique, en partie du fait de la variabilité de la préparation et de l’analyse, est exactement la même.

Une fois les globules blancs préparés, ils doivent être lysés (fragmentés) afin d’en libérer la cystine. À cette phase, les échantillons peuvent être congelés indéfiniment à –70 C sans plus subir de détérioration. Le résultat final nécessite la mesure de la concentration de la cystine dans la partie liquide et du contenu en protéines des débris cellulaires. Ces deux analyses sont aussi importantes l’une que l’autre. Le dosage des protéines est particulièrement dépendant du matériel d'étalonnage; on utilise généralement l’albumine du sérum de bœuf. La mesure de la cystine est généralement effectuée au moyen d’une technique de dosage basée sur la fixation compétitive d’une protéine se liant à la cystine (CBP) qui provient de E. coli, qui est une méthode extrêmement sensible et spécifique. La cystine peut également être mesurée par chromatographie sur résine échangeuse d’ions ou, après réduction sous forme de cystéine totale, par détection électrochimique, fluorimétrique ou en spectrométrie de masse.

Dans un même laboratoire, si le contrôle de qualité des procédures d’analyse garantit la fiabilité des résultats finaux, il faut cependant être conscient que ces derniers sont variables. L’année dernière, pour les 27 dosages effectués dans mon laboratoire, la variabilité des dosages des protéines et de la cystine était respectivement de 7 % et 16 %. Le résultat final pour notre échantillon témoin a varié de 16,7 % ; la valeur moyenne était de 1,84 nmol hémicystine/mg de protéine, avec des résultats compris entre 1,36 et 2,59. Le problème de la variabilité entre divers laboratoires, en particulier pour ceux faisant appel à des techniques différentes, n’a pas fait l’objet d’une évaluation adéquate. Cette situation devrait s’améliorer avec l’introduction imminente d’un plan de contrôle de qualité à l’échelle européenne pour la mesure du taux de cystine dans les globules blancs.

Les laboratoires investissent des ressources considérables pour essayer de fournir des mesures de cystine leucocytaire exactes et précises. Cependant, lorsqu’il s’agit d’évaluer le bénéfice thérapeutique de Cystagon™ chez un patient donné ou dans des études incluant l'ensemble des patients, ce sont la coopération et l’exactitude de l'information fournie par le patient quant à l'observance thérapeutique et au délai entre la dernière dose et le prélèvement sanguin, qui revêtent la plus grande importance.