DIABETE SUCRE
CHEZ LES ENFANTS AYANT UNE CYSTINOSE AVEC NEPHROPATHIE
ROBERT
Jean Jacques, TETE Marie-Joseph, GUEST Geneviève, GAGNADOUX Marie-France,
NIAUDET Patrick, BROYER Michel
Fédération de Pédiatrie Médicale, Hôpital Necker
– Enfants Malades, PARIS France.
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Le diabète sucré est une complication à long terme, fréquente,
de la cystinose infantile compliquée de néphropathie.
Quarante-quatre patients ayant une cystinose ont été
suivis pendant une durée moyenne de 11 ans, après une transplantation rénale
qui avait été réalisée à un âge moyen de 11,3 + 2,5 ans. La
survenue d’un diabète sucré ou d’une intolérance au glucose est clairement liée
à l’âge du patient et les anomalies métaboliques sont très fréquentes lorsque
le suivi est suffisamment long. Tous les patients sauf deux ont une intolérance
au glucose et plus de la moitié des critères de diabète au cours de
l’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO), à l’âge de 10 ans, ou 10 ans
après la transplantation. Un quart d’entre eux reçoit de l’insuline à cet âge,
50 % à la fin du suivi, quelques années plus tard. Ainsi, le diabète sucré est
beaucoup plus fréquent chez les patients cystinotiques
que chez les patients qui ont une transplantation pour une autre cause (un peu
plus de 1% sur 740 patients transplantés à l’Hôpital Necker – Enfants Malades
sur la même période).
Le suivi à long terme de ces patients confirme que la
corticothérapie est un facteur aggravant : les patients deviennent insulino-dépendants quand les corticoïdes sont utilisés à
fortes doses, immédiatement après la transplantation ou à l’occasion des
épisodes de rejet. Cependant, la survenue ultérieure d’un diabète insulino-dépendant permanent n’est pas liée à la nécessité
de recourir à l’insuline immédiatement après la transplantation. Chez les
patients traités transitoirement par l’insuline après la transplantation,
l’insulinothérapie est généralement reprise 8 à 11 ans plus tard. Les patients
qui n’ont pas eu besoin d’insuline immédiatement après la transplantation
deviennent insulino-dépendants 4 à 15 ans plus tard,
entre 14 et 26 ans d’âge. Ainsi, le processus métabolique de la cystinose altère lentement le métabolisme du glucose, bien
que les doses de corticoïdes diminuent régulièrement. Le traitement par cystéamine pourrait réduire l’impact des corticoïdes sur la progression vers le
diabète sucré en retardant l’âge de la transplantation rénale, mais il pourrait
aussi avoir un effet direct sur l’accumulation de cystine dans les cellules-. Les résultats concernant les
patients qui ont été traités précocement et de façon permanente par la cystéamine, et qui n’ont pas été transplantés, ne montrent
pas de différence avec le groupe des patients
transplantés, à âge égal. Cependant, ils sont encore trop jeunes pour avoir un
diabète sucré ou une intolérance au glucose avec une certaine fréquence. Le
suivi prospectif de ces patients est en cours.
Les dépôts de cystine ont été trouvés dans le pancréas et sont
responsables d’une hyperplasie endocrine importante, en particulier des
cellules- tandis
que le pancréas exocrine reste normal. L’accumulation de cystine pourrait
interférer avec la sécrétion d’insuline et être responsable de la lente détérioration du métabolisme du glucose. Les niveaux
d’insulinémie au temps 30 min de l’HGPO sont
négativement corrélés à la glycémie aux temps plus
tardifs de l’HGPO, ce qui suggère fortement que
l’hyperglycémie résulte bien d’un déficit de la réponse insulinique au glucose.
Ainsi, la diminution de la sécrétion d’insuline semble être la principale
anomalie qui conduit au développement du diabète sucré chez les patients cystinotiques. Par contre, nos résultats ne montrent pas de
signe de résistance à l’insuline. Ceci suggère que l’augmentation de l’index de
masse corporelle observée après la
transplantation, ou la
détérioration de la fonction rénale, ne suffisent pas à créer une résistance à
l’insuline majeure qui pourrait aggraver l’état métabolique des patients.
En conclusion, le
diabète sucré est une complication à long terme fréquente chez les patients
transplantés pour une néphropathie cystinotique. Les
fortes doses de corticoïdes données après la transplantation ou à l’occasion
des épisodes de rejet altèrent le métabolisme du glucose et sont responsables
d’une insulino-dépendance souvent transitoire.
Cependant, le développement de l’intolérance au glucose et du diabète sucré
dépend principalement du processus de la cystinose
qui détériore progressivement la fonction des cellules- avec les années, de telle sorte
que la moitié des patients devient insulino-dépendante
vers l’âge de 25 ans.