ETRE MOI
Par Anne-Claire Panisset
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Je m’appelle Anne-Claire et je viens d’avoir 24 ans. Je
suis née avec une cystinose néphropathique infantile. J’ai été diagnostiquée
vers l’âge d’un an et demi. Je n’ai pas beaucoup de souvenir de cette époque
là. Je me souviens que je devais boire beaucoup, que je vomissais souvent. J’ai
été hospitalisée plusieurs fois pour déshydratation.
La période la plus difficile a été d’apprendre à prendre la cystéamine,
vers l’âge de deux ans, à cause de son goût immonde et des nausées qu’elle
provoquait. Je n’ai que quelques rares souvenirs d’épisodes douloureux de
moqueries à l’école soit à cause de la mauvaise odeur due à la cystéamine soit
à cause de ma petite taille mais je crois pouvoir dire que j’ai grandi comme
n’importe quel enfant en bonne santé avec peut être juste plus de difficultés
avec les maths.
Vers l’âge de 11 ans, je suis arrivée au stade d’insuffisance rénale
terminale. J’ai donc été inscrite sur une liste d’attente pour une greffe. En
attendant, il m’était de plus en plus difficile d’aller à l’école à cause de la
fatigue. Mon instituteur de CM2 pensait que j’étais à la limite de la débilité
car, comme mon sang n’était plus nettoyé correctement par mes reins, il
transportait moins d’oxygène donc mon cerveau et ma concentration étaient très
ralentis. Ma maman m’a donc enseignée à la maison jusqu’à la greffe cette année
là et m’a fait entrer en 6ème.
La greffe est arrivée le 19 mars 1991 sans que je n’aie
eu à dialyser. Tout a très bien marché et j’ai été sur pied en moins de quinze
jours. Après cela, tout est reparti de plus belle j’ai rattrapé beaucoup de mon
retard de croissance.
En 1993, le fait d’avoir pris connaissance de l’existence
d’organisations telles que la Cystinosis Foundation m’a permis de réaliser que
je n’étais pas seule et que d’autres rencontraient les mêmes difficultés que ma
famille et moi. Cela a été important de pouvoir discuter avec des gens qui
savaient ce par quoi nous étions passés et ce que nous vivons au quotidien. Il
est toujours important pour moi de savoir que je peux communiquer avec des gens
qui me comprennent.
J’ai fait une scolarité normale avec toujours de grosses difficultés dans
les matières scientifiques, jusqu’à obtenir mon bac L.
Cette année-là, l’année du bac, a été très dure. Je
suppose que c’est parce que je faisais ma crise d’adolescence. Je pensais que
personne ne me comprenait, je ne supportais plus de me sentir différente à
cause de tous les médicaments que je prenais et je suis tombée en dépression.
J’ai arrêté de prendre mon traitement immuno-suppresseur et j’ai fait un rejet
de mon greffon que j’ai perdu en juillet 1999. J’ai passé ma première année
d’université en hémodialyse et cela a été la pire année de ma vie et la pire
chose qu’il pouvait m’arriver. Je voulais dialyser la nuit pour pouvoir aller à
la fac la journée mais j’étais trop fatiguée pour suivre mes études
correctement. Les sessions de dialyse se passaient mal, c’était douloureux et
épuisant. J’ai perdu 20 kilos cette année-là.
Je n’ai mesuré la grandeur de mon inconscience d’arrêter mon traitement
qu’une fois qu’il a été trop tard.
Puis ma maman m’a donné un de ses reins. C’était comme si
elle me donnait la vie une seconde fois et je ne la remercierai jamais assez
pour ça. Depuis je profite de la vie à 100%.
L’an dernier, en 2002-2003, j’ai passé mon année de licence de Langues
Etrangères Appliquées en Erasmus à Séville, en Espagne. Cette année, je vis à
Liverpool au Royaume-Uni où j’espère passer mon bachelor d’anglais et espagnol.
Après ma première greffe, on m’a dit d’arrêter le cystagon car on ne savait
pas quel effet il aurait sur le greffon. Mais quand il a été prouvé que ce
médicament n’avait aucun effet néfaste sur le rein, il a été très difficile de
le reprendre. Il m’a fallu 13 ans pour pouvoir m’y faire.
Aujourd’hui, je fais 1m55 et 60 kg, je ne connais toujours pas mes tables
de multiplication par cœur, je dois porter des lunettes de soleil même quand la
lumière n’est pas tellement forte mais je suis heureuse. J’ai toujours beaucoup
de problèmes avec la première dose de cystagon du matin et je n’utilise pas les
gouttes de cystéamine pour la photophobie mais c’est en projet. Je vis comme
n’importe quelle personne de mon âge sauf que je suis entourée d’une famille et
d’amis formidables qui m’aident à avancer dans la vie et à réaliser mes rêves.
Je crois que pour tout ce que la cystinose nous a appris de difficile et de
douloureux, la vie nous l’a rendu en force, volonté, complicité et avec la
possibilité de faire la distinction entre ce qui est important et ce qui ne
l’est pas.